Tou Bichvat – le 4 février à Troyes

L’homme moderne n’est plus dépendant de la nature comme ces ancêtres l’étaient.

Il vit dans des habitations protégées et isolées, et les intempéries ne l’impressionnent plus. La technologie l’aide à surmonter toutes les restrictions que lui impose la nature. Il parvient à vaincre les maladies, améliore sa qualité de vie, repousse les limites du temps et de l’espace, et il semble bien que même le ciel ne soit plus sa limite désormais.

Cet homme-là a-t-il encore quelque chose à apprendre de la nature, si lente et si pesante ? Cette même nature qui progresse par très lents paliers, et n’en déroge pas ? Les arbres et les fleurs ont-ils encore quelque chose à dire, que l’homme de l’ère high-tech, armé d’un téléphone cellulaire, d’un ordinateur portable et d’une voiture rapide équipée de toutes les options, ait besoin d’entendre ?

Les effets secondaires du progrès
Le progrès, malgré toutes les choses positives et extraordinaires qu’il permet à l’homme, entraine aussi beaucoup de conséquences néfastes. Par exemple l’homme moderne s’habitue à être fainéant. Point.

Tout lui vient facilement.

Si autrefois, pour se rendre de Jérusalem à Tel Aviv, il fallait entreprendre un voyage épuisant de trois jours à dos d’âne, aujourd’hui il suffit de « faire un saut » de 50 minutes en voiture.

Si autrefois, pour garder contact avec un ami qui habitait de l’autre côté de l’océan, il fallait lui envoyer une lettre qui ne lui parvenait pas avant deux semaines, au mieux ; aujourd’hui il suffit de sortir son téléphone cellulaire de sa poche et de composer son numéro, ou simplement de lui envoyer un e-mail.

Si autrefois, pour déguster un poulet au déjeuner, il fallait amener le volatile chez le Cho’hèt (abatteur rituel), puis le plumer, le saler, le dénerver selon la Halakha, etc., aujourd’hui il suffit d’acheter un poulet congelé au supermarché et de le cuisiner. Et si vous n’en avez pas la « force », vous pouvez simplement sortir un plat cuisiné du congélateur et le mettre au micro-onde pendant trois minutes.

Ce mode de vie habitue l’être humain à la paresse : il reçoit tellement de choses extraordinaires, quasiment sans peiner pour elles. Et si par malheur cela n’est pas suffisant à son gout, il se met immédiatement à se plaindre et à vilipender.

Or cela induit un inconvénient majeur, qui est la perte de patience.

Autrefois, les choses prenaient du temps ; il fallait attendre calmement, patienter, garder son calme et son sang-froid. Aujourd’hui, tout arrive tellement vite, tout se fait à la vitesse de l’éclair, et l’homme qui grandit à l’ère du téléphone cellulaire, d’internet et du micro-onde, est à bout de souffle. Il n’a plus la patience d’attendre plus de trente secondes.

Et que faire lorsque des processus importants durent effectivement plus d’une minute ? Ces processus longs qui exigent encore du temps pour se développer, se construire, s’épanouir ?

Lhomme moderne n’est pas à l’aise avec ce type de développements : cela l’agace, le frustre, le déçoit, il en vient à se plaindre et à accuser. Il lui est difficile de comprendre que tout ne fonctionne pas à la vitesse d’un micro-onde.

La communication est un processus lent
L’éducation des enfants par exemple est un processus qui n’est pas instantané. On parle ici d’investissement sur des années, de soins quotidiens, de patience et de longanimité. Bien que peut-être beaucoup d’entre nous auraient pu être intéressés par le concept, l’homme moderne ne peut pas mettre son enfant au « micro-onde de l’enfant », entrer le code approprié, et voir s’il en sort mature et éduqué au bout de 30 secondes. Rien à faire, les choses fonctionnent tout simplement autrement.

Même chose pour les relations et la communication interpersonnelle : ce sont des processus lents qui requièrent des soins constants et un réel investissement. Une vie de couple saine et intense ne se construit pas en un instant. Il faut investir en elle beaucoup de temps et de bonne volonté. Ecouter l’autre, le soutenir, le complimenter, le renforcer. Et pour celui qui n’a pas de force pour ce faire, celui qui veut voir les résultats ici et maintenant, il sera très difficile de créer des liens profonds et vaillants avec son conjoint comme avec toute autre personne.

Construire sa personnalité, comme tout sujet lié à l’amélioration des traits de caractère, est aussi un processus qui exige du temps et un fort investissement. La jalousie, l’orgueil et la cupidité ne sont pas des défauts qui disparaissent par enchantement, tout comme l’acquisition de la bienveillance, de l’empressement à bien faire, de l’humilité ou de la joie intérieure. Il est indispensable d’y travailler sérieusement et sciemment.

Est-ce que nous, hommes modernes, sommes prêts à nous y investir patiemment ?

La Délivrance
Même la notion de délivrance de notre peuple est un processus lent. Nos Sages nous ont appris que « La Délivrance du peuple d’Israël se fait petit à petit ». Ils nous ont enseigné que ce processus connait des hauts et des bas, des difficultés et des régressions. Alors pourquoi, quand ce genre d’accidents arrive, oublions-nous tout cela ?

Après 2000 ans d’exil, nous avons finalement mérité de vivre sur notre terre. Certains ont pensé : « ça y est, cela veut dire que la Délivrance finale est à nos portes ». Or plus de 60 ans sont déjà passées et les choses ne se sont pas déroulées comme nous le souhaitions. Il y a encore des guerres et des attentats, des problèmes et des crises. Il y a des sujets avec lesquels il faut composer, et tout cela ne va pas s’arranger en un instant.

De fait les gens commencent à perdre patience : ils grognent, s’énervent, se désespèrent, accusent…

Mais que s’est-il donc passé ? Quelqu’un a-t-il promis qu’en 5 minutes (ou même 50 ans) tout s’arrangerait exactement selon l’imaginaire et les attentes des hommes ?

La fête des arbres
Ce n’est pas pour rien que la délivrance est comparée à une plante. « La plante de David Ton serviteur s’épanouira rapidement ». Nous répétons cela chaque jour dans la prière. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses d’une petite plante simple.D’un noyau qui éclate de la terre, elle suit son chemin lentement mais sûrement, toujours plus haut.

Elle ne poursuit pas un chronomètre, elle ne cherche pas à tout faire en un instant, et elle ne se pose pas en permanence la question : « Qu’est-ce qui va se passer ? », « Dans combien de temps cela finira-t-il ? », « Pourquoi ne font-ils pas leur travail correctement ? »

Une seule chose l’intéresse.

S’épanouir
Elle progresse tranquillement et patiemment, étape après étape, visant toujours vers le haut sans abandonner.

Si une tempête approche qui menace de la déraciner, elle replie sa tête et cramponne fort ses racines dans la terre jusqu’à ce que l’orage passe.

Elle reçoit avec avidité chaque goutte de pluie qui lui tombe du ciel, et elle l’utilise pour une chose : s’épanouir.

Sans faire de calculs, sans réfléchir. Tranquillement et patiemment.

Peut-être serait-il bon, lors cette prochaine fête des arbres (Tou Bichvat), d’aller dans la nature, de respirer l’air pur, de sentir les odeurs, d’observer et d’écouter. De regarder une petite fleur, de caresser ses feuilles, et d’écouter ce qu’elle a à nous dire.