La Maison Rachi dans TELERAMA

Week-end en ville

La culture multiple de Troyes
Un pape, un rabbin, des Templiers, des livres rares et précieux, des églises et une synagogue… La capitale auboise perpétue sa riche histoire.

Oubliez l’andouillette et les magasins d’entreprise ! A seulement une heure et demie en train de Paris, Troyes surprend le visiteur, s’il sait être curieux. Car le centre historique de la cité, préservé lors des deux dernières guerres, forme un bel entrelacs de ruelles où les maisons à colombages ont fait l’objet de savantes rénovations, donnant des couleurs aux façades à pans de bois ou réhabilitant le damier champenois, qui alterne la brique et la craie.

Troyes a connu un âge d’or au Moyen Age. Comté indépendant idéalement situé, la Champagne était le poumon économique de l’Europe. Ici, les commerçants de Flandres et de Toscane se rencontraient et échangeaient lors de deux grandes foires annuelles. Plus tard, au XVIIIe siècle, une industrie textile, sous le nom de bonneterie, prospéra. Dans une agréable rue courbe, à l’écart des commerces, la maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière est logée dans un très bel hôtel du XVIe siècle, qui abrita autrefois les premiers métiers à tisser, puis un collège pour orphelins. C’est cet esprit de compagnonnage et de noblesse du travail bien fait qui habite le lieu. Outre les intéressantes collections d’outils, son centre de ressources, deuxième bibliothèque technique de France, s’enorgueillit de posséder une édition originale de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Mais c’est pour son patrimoine religieux que Troyes est surtout célèbre. En 1129, c’est dans sa cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul que fut fondé l’ordre des Templiers.

Et ce ne sont pas moins de huit églises classées qui se visitent dans un tout petit périmètre, parmi lesquelles l’église de la Madeleine, qui possède un superbe jubé et des vitraux du XVIe siècle. Pour information, le département de l’Aube concentre 60 % des vitraux de France, à admirer notamment dans la basilique gothique Saint-Urbain.

Mais le clou de notre visite, c’est la toute nouvelle Maison Rachi, qui abrite une synagogue (sous une verrière) et un centre culturel soutenu par un mécénat venu du monde entier. Car Rabbi Rachi (1040-1105) est éminemment célèbre. Erudit contemporain de la première croisade (lancée à l’initiative d’Urbain II, pape… champenois), il a commenté la Torah et la Bible d’une façon pédagogique et concrète, tant et si bien que ses commentaires — en français souvent ! — firent autorité dans le monde entier. Aussi, des millions de juifs qui ont étudié le Livre sont devenus des familiers de Rachi et de… Troyes. Car Rachi commentait les versets à la lumière de son quotidien.

Il a donc fourni aux historiens médiévistes, juifs ou non, une mine d’informations. Le néophyte, dont je fais partie, ressortira plus savant, Rachi ayant légué à ce lieu chargé de présenter et de diffuser sa pensée, son intelligence didactique. Une expérience unique. — Jean-Jacques Le Gall