Meurtre de Mireille Knoll, la barbarie et le symbole

Le meurtre de cette octogénaire qui a échappé à la rafle du Vél’ d’Hiv en 1942 revêt un caractère à la fois tragique et symbolique.
PAR SAÏD MAHRANE

En ce moment, les tragédies revêtent un caractère particulier, d’une symbolique effroyable. Le journaliste ne devrait pas croire en ces fariboles, voir des symboles là où il n’y en a pas, mais s’en tenir froidement aux faits, sa raison en alerte. Certes, mais tout de même… Après la mort d’Arnaud Beltrame, notre héros – on ne cessera d’accoler ce mot à son nom –, celle de Mireille Knoll, 85 ans, retrouvée carbonisée sur un lit de son appartement dans le 11e arrondissement de Paris après avoir été poignardée à plusieurs reprises. Il y a l’atrocité du meurtre et il y a l’identité même de cette victime, qui n’est pas n’importe qui, qui ne vient pas de n’importe où.

Elle était de ceux que nous devrions honorer chaque jour, sans répit, parce qu’elle a vécu, au début des années 1940, ce qui relève pour nous de l’Histoire et qui fut pour elle le souvenir vivant d’un cataclysme. De peu, cette Parisienne de naissance a échappé à la rafle du Vél’ d’Hiv en juillet 1942. Elle avait fui pour le Portugal, ne revenant en France qu’après la guerre. Elle avait alors 9 ans. Elle méritait, jusqu’au bout, que l’on pose sur elle le plus tendre et le plus respectueux des regards. Elle est morte, assassinée, puis brûlée, dans cette chambre de son appartement, selon le parquet pour des motifs antisémites.

Une douleur qui ne doit pas rester « communautaire »

Qu’avait donc à l’esprit celui qui a porté sur elle des coups de coûteau ? De la haine, à coup sûr. A-t-il été animé par ce vieux cliché voulant que les juifs, forcément, naturellement, plus que les autres, soient riches ? Elle habitait dans le 11e arrondissement, faisait ses courses au Super U du coin et un de ses plaisirs était de boire un verre de vin. La découverte de son visage sur les photos publiées par la famille ajoute, en outre, à la rage et à l’incompréhension : vous avez vu comment elle sourit, toujours, ouvrant de grands yeux d’où émane une infinie mélancolie ?

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