Selon les historiens contemporains, les Juifs seraient arrivés en Champagne méridionale au début du Xle siècle après avoir poursuivi la route de l’exil par 2 voies différentes :

  •  L’axe Sud-Nord, par les vallées du Rhône et de la Saône, fut emprunté par les familles venant d’Espagne et de la région de Narbonne ainsi que par celles ayant rejoint ce même itinéraire à partir de l’Italie et de la Provence.
  • L’autre courant, venant d’Allemagne par la Rhénanie, parvint dans notre région après avoir traversé et séjourné dans le pays mosan. Il se créa ainsi entre 30 et 50 petites communautés dans la Champagne du Comte Thibaud I (1037-1089).

Des communautés d’importance inégale se formèrent ainsi. Vers le milieu du Xle siècle, celle de Troyes, la plus peuplée, ne devait, certes, guère compter plus d’une centaine d’âmes (sur une population totale de 3 à 6000 habitants). A l’exception, peut-être, de gros bourgs comme Ramerupt ou Bray, les familles juives étaient sûrement moins nombreuses dans les autres agglomérations. Les seules indications relevées par les historiens, telles que « rue des Juifs », « pont de la Juiverie » ou encore « rue de la Synagogue », ne doivent pas nous faire penser à l’existence, à cette époque, de communautés bien fournies.

Les traditions, héritées de leurs ascendants, s’étaient naturellement modifiées au cours de ces dizaines de siècles écoulées. Les contacts avec les différentes ethnies que ces exilés durent côtoyer, transformèrent certaines de leurs coutumes sans toutefois entacher les croyances innées de chacun.

Ceux venant d’Espagne (après que leurs ancêtres aient traversé l’Afrique du Nord), les Sefardimn avaient des coutumes et un rituel de prières différents de ceux des « Ashkenazim » de la France du Nord (venus soit directement d’Allemagne, soit après être passé d’abord par la Provence). Tous ces Juifs se trouvèrent ainsi réunis en France du Nord, dans le pays de « Tsarfat ».

Disséminée dans les bourgs, les villages et hameaux du sud de la Champagne, la petite population juive est à la merci des attaques de bandits et autres agresseurs débouchant des forêts voisines. Afin de s’y soustraire, ces familles vont chercher abri et protection à proximité des châteaux et demeures fortifiées des seigneurs locaux.
Des regroupements se produisent ainsi à Troyes, Ramerupt, Rosnay, Brienne, Bar-sur-Seine, Bar-sur-Aube, St-Florentin, Bray.

Arrivés en Champagne, la culture de la terre et l’élevage du petit bétail permirent à ces nouveaux venus de tirer assez rapidement, au minimum, leur subsistance journalière.

D’autres — moins nombreux — cherchèrent à gagner leur vie dans le petit artisanat, la brocante et le commerce. Enfin, une partie non négligeable d’entre eux — pratiquants et scrupuleusement respectueux de l’application des « mitsvoth » — formèrent des « académies » (Yechivoth). Ces centres d’études juives se donnèrent pour mission de réveiller et d’uniformiser les pratiques et l’observance des Commandements de la Torah, si disparates dans cette population. Si quelques-uns de ces immigrants forcés surent obtenir, dans l’exercice de leurs activités, une
aisance confortable, le contraste était grand entre leur richesse et « l’insondable pauvreté de l’immense majorité de ces Juifs ». La Broce-aux-Juifs : le mot « Broce » se traduit en français
moderne par ‘brousse’ ou ‘brosse’.

Le Larousse définit « brousse » comme une étendue couverte d’épaisses broussailles. Cette zone avait donc l’avantage de bien isoler la riche demeure seigneuriale (en construction) des cabanes des miséreux juifs; l’expression ‘juiverie’ ou ‘quartier des juifs’ serait moins désobligeante…

La chapelle St.Frobert est antérieure au Xe siècle et fut construite sur l’emplacement de la maison native de l’Abbé Frobert. Elle se trouvait, après leur arrivée, en plein dans le quartier des juifs.

La Juiverie s’installa au Xe siècle à proximité de l’ancienne voie romaine (ce que les juifs faisaient le plus souvent). Une « académie » y fonctionna bientôt, d’où est issu le célèbre Rachi (1040-1105), auteur de travaux littéraires considérables, dont ses commentaires de la Bible et du Talmud. Nous ignorons où se trouvait sa maison natale, mais vraisemblablement dans le quartier juif. Nous ne savons pas davantage où était située la synagogues.

M. Henri Cahen, président de la communauté dans les années 1990 rédigea un livre retraçant l’évolution des différentes communautés juives de Troyes, livre duquel ont été tirés ces quelques extraits. Ce livre est en vente sur ce site et des principales librairies de Troyes.

Un grand bond dans l’histoire nous amène directement au lendemain de la Libération Parmi les grands noms juifs qu’il faut connaître à Troyes :

  • Alexandre Israël, député puis sénateur de la 3ème république,
  • Isidore Frank-Forter, propriétaire de l’usine Fra-For
  • Teddy Rozen, propriétaire de l’usine Rozen
  • Pierre et Denise Lévy, propriétaire de Devanlay et donateur du musée d’arts moderne
  • René Samuel Sirat, Grand Rabbin de France, fondateur avec Robert Galley, ancien maire de Troyes de l’Institut Universitaire Européen Rachi.
  • Raymond Moretti, peintre et sculpteur, créateur de la boule RACHI, oeuvre d’art commanditée par la Ville de Troyes pour célébrer la mémoire du grand maître de l’exégèse biblique.

Après la guerre de 39/40, la communauté n’a plus de synagogue. Les autorités de la Ville tardent à affecter un endroit pour ce lieu de culte. C’est en définitive le diocèse de Troyes qui prend la décision de vendre un ancien couvent, ancien presbytère rattaché à l’église de la Madeleine (acquisition du 5 rue Brunneval en 1960). L’extension se fait en 1966, par le numéro 7 et 9 acquis par M. Albert Blum et donné ensuite à la communauté.

Les bâtiments sont en constante évolution. Déjà parce ce sont des bâtiments anciens qui nécessitent un entretien très régulier au risque de leur écroulement. Ensuite, ces bâtiments sont réaménagés régulièrement, au fur et à mesure des besoins et en particulier, de l’augmentation de la fréquentation des offices ou des principales fêtes du calendrier juif. Les principales dates à retenir sont :

  • 1960 – acquisition du 5 rue Brunneval
  • 1966 – acquisition du 7/9 rue Brunneval
  • 1986 – extension de la salle de prière
  • 2011 – restauration de la façade sur rue
  • 2013/2014 – restauration des cours 1, 3 et 4
  • 2015 – projet restauration de cour 2

L’histoire de la Communauté moderne ne serait pas complète si un chapitre n’était pas consacré exclusivement à M. le Grand Rabbin Abba Samoun et son épouse Sarah. Arrivé du Maroc en 1946, Abba Samoun suivit ses études à la Yéchiva d’Aix les Bains, puis au Séminaire Rabbinique de Paris. Le poste de Rabbin étant à créer à Troyes, il s’engagea à compter de juillet 1951, dans cette lourde fonction dans une communauté durement frappée par la Shoah, sans véritable lieu de culte, sans alimentation cacher et sans recensement effectif de la population juive locale.

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Il fallait tout recréer de toutes pièces. Aidé dans cette tâche, par les responsables communautaires successifs (M. Albert Blum, M. Isidore Frank-Forter, M. Samuel Abramovitch, M. Roger Kahn, M. Teddy Rozen, M. Henri Cahen, M. David Bokobza, M. Michel Mezrahi, M. Joseph Kadouch, M. Elie Margen, M. William Gozlan, M. René Pitoun, M. Charles Aïdan, etc), Abba Samoun sut, durant une carrière de 54 années, à force de conviction, d’opiniâtreté, de charisme, d’entregent et sur le fondement d’une foi inébranlable, faire de la ville de Troyes, l’emblème d’une vie juive à la française, parfaitement intégrée à la République et à la Cité.

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Associé à son épouse Sarah, son nom et son exemple resteront, longtemps encore dans la mémoire de tous, dans et en dehors de la communauté.

5 rue Brunneval, 10000 Troyes
Tél. : 03 25 73 53 01
www.rachi-troyes.com

La Communauté moderne, fondée par des Juifs originaires d’Alsace Lorraine, compte aujourd’hui quelques 150 familles. Elle dispose d’une grande synagogue et d’un Centre Culturel. L’ensemble des bâtiments sont actuellement en cours de restauration complète. Les offices y sont célébrés selon le rite sépharade. 80 % des membres de la communauté sont maintenant originaires d’Afrique du Nord, alors qu’il ne reste plus que 10 % de juifs alsaciens et que 10% des fidèles sont originaires d’Europe Centrale.

La synagogue « RACHI » est installée dans un quartier riche d’histoire, le vieux Troyes, dans un environnement champenois et à l’intérieur d’un édifice dont les pans de bois, datant du XVIème
siècle, ont été judicieusement mis en valeur par d’importants travaux depuis 2011.

Hormis le livre écrit par M. Elie Margen, Président d’Honneur de la communauté actuelle, et M. Paul Attali, « Rachi et les juifs de Troyes », la Communauté de Troyes a édité plusieurs plaquettes sur RACHI et les Juifs de Champagne au Moyen Age, avec le concours de M. Roger BERG. La Revue de champagne a édité un numéro spécial « RACHI – La Vie en Champagne».
Le Centre Culturel réédite aujourd’hui un livre écrit par son ancien président M. Henri Cahen « Troyes et ses juifs ».

Ces livres sont à la disposition des touristes et des visiteurs à la synagogue.