MONSIEUR LEON, JUIF RUSSE

Dès l’assassinat du tsar Alexandre II, les pogroms se multiplient et leurs victimes se comptent par milliers. Son successeur promulgue les Lois de Mai, très répressives envers les Juifs, pourtant étrangers à l’attentat. Entre 1881 et 1914, deux millions et demi d’entre eux fuiront alors la Russie. Evsei-Leib Doubrovsky, né en 1882 à Tshernigoff, au nord de Kiev, se réfugiera en 1905 dans la France des Droits de l ’homme. Pour mieux s’intégrer, il francisera son prénom en Léon et, pour parachever son intégration, s’engagera dans la Légion Étrangère pour la Grande Guerre. Il mourra en 1928.

Son histoire, proche de celle de beaucoup d’émigrés juifs de cette époque, peut sembler banale. Elle est néanmoins singulière, car elle n’est que celle d’un seul homme, qui plus est le grand-père de l’auteur. Tout en relatant la vie de Léon et de sa famille dans le milieu de la confection parisienne, elle s’inscrit dans le contexte général de l’Europe de cette époque, de la Russie tsariste à la France des Années Folles, en passant par les bouleversements de la Grande Guerre et de ses conséquences.

Pour l’auteur, petit-fils de Léon, il s’agit avant tout d’élucider une légende qui a bercé sa vie et dont il n’a réussi à percer le mystère qu’en menant une véritable enquête à partir de témoignages, de documents cachés, de recoupements et de ses propres souvenirs.

La forme autobiographique et posthume à la fois fait du récit un roman. La mélancolie du sujet est contrebalancée par un humour typiquement ashkénaze. Un cahier de photos de famille, plus une carte et un arbre généalogique, éclaire cet itinéraire.

Préface de Gérard Silvain,collectionneur et historien de la diaspora juive.